Kaga-Bandoro a abrité, le jeudi 17 octobre, la conférence préfectorale pour une transhumance apaisée et prospère dans la Nana-Gribizi. Cette conférence s’inscrit dans la suite logique de la conférence nationale de haut niveau pour une transhumance apaisée et prospère en République centrafricaine, qui s’était tenue le 13 mai 2024 à Bangui. Organisée avec l’appui de la MINUSCA, la rencontre a permis aux 40 participants de faire un état des lieux de la transhumance dans la Nana-Gribizi, d’identifier les défis persistants ainsi que les zones de tensions récurrentes liées à la transhumance et de faire des propositions d’actions concrètes et adaptées aux réalités locales.
Organisée par le préfet de la Nana-Gribizi, Pierre Honoré Nino Dangoua, la rencontre de Kaga-Bandoro a permis aux participants de prendre connaissance des thèmes abordés lors de la Conférence nationale de haut niveau sur la transhumance apaisée, et de s’approprier les recommandations qui y avaient été adoptées.

Le Directeur régional de l’élevage pour la Région des Kagas, André Vianney Landry Andjigbia, qui a facilité la conférence, a d’emblée rappelé aux participants l’importance capitale de la transhumance pour l’économie centrafricaine et la nécessité de tout mettre en œuvre pour assurer sa sécurisation afin de consolider la paix et de créer les conditions d’un développement durable et harmonieux. « La transhumance ne nous apporte pas que des conflits et des tensions. Elle a des avantages économiques considérables, car elle contribue à hauteur de 12 % de notre Produit intérieur brut. Ce n’est pas négligeable. Donc, nous devons tout faire pour mettre en œuvre les recommandations formulées lors de cette conférence pour assurer une transhumance apaisée et prospère. »

« Les braquages constituent un facteur d’insécurité et d’instabilité, ce qui fragilise la cohésion sociale et le vivre-ensemble, car si certains éleveurs armés ou leurs familles mènent des attaques de représailles pour se venger, nous avons souvent des victimes innocentes qui n’avaient rien à voir avec les braquages. Cela contribue à créer ou renforcer un cycle de violence intercommunautaire que nous devons éviter », a-t-elle expliqué, avant d’exhorter les autorités locales à prendre cette question très au sérieux pour y apporter une réponse à deux niveaux : sensibiliser pour prévenir et sanctionner les éventuels responsables des braquages lorsqu’ils sont identifiés et connus.

Jasminka Kumbric, Cheffe du bureau régional de la MINUSCA, a réitéré l’engagement de la Mission et sa détermination à soutenir les initiatives du Gouvernement visant à renforcer la sécurité, à promouvoir le dialogue, la paix, la stabilité et la réconciliation, tant aux niveaux national, régional, préfectoral que local. Elle a soutenu que, dans la droite ligne des dispositions de l’APPR, ainsi que de la Feuille de route de Luanda, la Mission accompagnera le Gouvernement et les autorités locales dans la mise en œuvre des recommandations concrètes, réalistes et adaptées aux réalités locales, qui ont été formulées par les participants.
« Je suis convaincue que, grâce à votre collaboration, cette conférence marquera un tournant décisif vers une transhumance paisible, source de prospérité et de stabilité pour tous. Ensemble, transformons cette conférence en véritable tremplin pour une transhumance apaisée et prospère dans la préfecture de Nana-Gribizi », a-t-elle dit aux participants.
Dans son mot de clôture, le préfet de Nana-Gribizi, Pierre Honoré Nino Dangoua, a invité les maires des communes, les chefs de groupes et chefs de villages, ainsi que les responsables de la jeunesse, à prendre leurs responsabilités et à sensibiliser les jeunes qui commettent des braquages afin qu’ils mettent un terme à ces pratiques dont l’ impact sur l’économie locale est négatif. « Le marché à bétail de Kaga-Bandoro est vide parce que les éleveurs transhumants commencent à éviter d’emprunter certains axes dans notre préfecture, en raison de ces braquages dont ils sont victimes. Ils vont ailleurs pour vendre leur bétail et s’approvisionner en biens de consommation. Cela constitue un manque à gagner pour notre économie locale », a-t-il expliqué.

Parmi les recommandations formulées, on peut retenir les suivantes :
1. Mettre en place des parcs de mise en quarantaine au niveau de la frontière pour identifier les éleveurs entrants et les sensibiliser au respect des couloirs de transhumance, ainsi que des dispositions légales et réglementaires qui régissent la transhumance en RCA.
2. Identifier et bien démarquer les couloirs de transhumance avec des panneaux de signalisation pour indiquer le chemin que les éleveurs transhumants doivent suivre.
3. Mettre en place des postes de contrôle des Forces de sécurité intérieure et les doter de moyens adéquats pour sécuriser les couloirs de transhumance afin de prévenir l’infiltration d’éléments armés qui prétendent offrir aux éleveurs leur service de sécurité contre des rançons.
4. Mettre en place et renforcer le dialogue transfrontalier pour permettre aux autorités et acteurs des pays concernés d’échanger sur la question et trouver des solutions communes aux problèmes liés à la transhumance.
5. Renforcer et redynamiser les mécanismes existants pour la gestion des conflits liés à la transhumance, notamment au niveau de Moyenne-Sido, et mettre en place des mécanismes de prévention et de gestion des conflits là où ils n’existent pas, permettant ainsi aux éleveurs transhumants d’avoir des interlocuteurs bien identifiés dans les localités qu’ils traversent.
6. Mettre à jour la cartographie des couloirs de transhumance et la vulgariser auprès de tous les acteurs.
7. Mener des activités de sensibilisation continue pour bien informer les éleveurs des dispositions légales et réglementaires concernant la transhumance.
8. Sensibiliser les agriculteurs pour qu’ils cessent de cultiver des « champs-pièges » à proximité des couloirs de transhumance dans le but de faire payer les éleveurs en cas de destruction éventuelle de ces champs.
9. Faire respecter l’interdiction du commerce de produits alimentaires et manufacturiers dans les campements des éleveurs transhumants, pour empêcher les jeunes d’attaquer ces campements.





