MINUSCA
Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine

Autorités et MINUSCA mutualisent les efforts pour apaiser les tensions à Gobolo

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Une mission d’évaluation sécuritaire conduite par les autorités locales et la MINUSCA s’est rendue, le 13 mai 2026, dans la localité de Gobolo, à 137 kilomètres de Bouar, dans la sous-préfecture d’Abba.Cette visite intervient dans un contexte de recrudescence des enlèvements de leaders communautaires dans les villages de Gobolo, Kpokorta et Zongabena, attribués à des groupes armés opérant dans la zone, sur fond de tensions liées à l’exploitation minière.

Selon les constats sur le terrain, ces incidents trouvent leur origine dans les tensions croissantes liées à l’exploitation des ressources minières. Le fonctionnement des sites de Gobolo repose en grande partie sur des mécanismes informels, pilotés par des chefs de chantier et soutenus par des leaders communautaires. L’arrivée d’investisseurs étrangers, détenteurs de permis délivrés par l’État, a exacerbé les rivalités économiques et sociales, notamment autour de la libération des sites occupés par les exploitants traditionnels.

« Des difficultés apparaissent dès l’octroi des permis aux partenaires étrangers lorsque ceux-ci arrivent sur le site et demandent la libération des occupants traditionnels », explique Salomon Nangbe, chef du service sous-préfectoral des mines d’Abba. Il précise : « Nous avons recours à des leaders communautaires pour sensibiliser les occupants traditionnels et leur proposer des arrangements afin qu’ils libèrent le site. Certains acceptent tandis que d’autres refusent, créant des tensions pouvant se manifester par des enlèvements et des demandes de rançon ».

Secrétaire général de la mairie d’Abba, Ngonikita André Evariste souligne que la persistance des enlèvements s’explique également par une collaboration insuffisante entre les communautés locales et les forces de défense. Cette situation fragilise davantage le climat sécuritaire déjà précaire dans la zone.

De son côté, Nendé Thibault Anselme, représentant du sous-préfet d’Abba, pointe une implication excessive des leaders communautaires dans la gestion des activités minières. Selon lui, cette situation contribue à alimenter la méfiance et à exacerber les conflits entre les différents acteurs.

Face à la recrudescence des enlèvements, plusieurs voix s’élèvent au sein des communautés pour réclamer le déploiement rapide d’un détachement des forces de défense et de sécurité dans la zone. L’objectif est de renforcer la protection des populations et de restaurer un climat de confiance.

Salomon Nangbe insiste par ailleurs sur la nécessité pour l’État de maintenir un rôle central dans la gestion des permis et des opérations minières. « Il est essentiel que l’État conserve son autorité dans ce secteur stratégique, tout en veillant à ce que les partenaires respectent leurs engagements et participent aux aménagements prévus dans les cahiers des charges », affirme-t-il.

À l’issue de cette mission, la MINUSCA a formulé plusieurs recommandations, parmi lesquelles le renforcement des actions de sensibilisation avant l’octroi des permis d’exploitation, l’amélioration de la collaboration entre les populations et les forces de défense et de sécurité, ainsi qu’un partage plus efficace des informations relatives aux incidents sécuritaires, y compris avec la MINUSCA.

Dans un contexte où les enjeux économiques se mêlent aux fragilités sécuritaires, la situation de Gobolo illustre les défis complexes auxquels sont confrontées les communautés pour concilier exploitation des ressources naturelles, cohésion sociale et stabilité durable.

Par Dramane Darave