MINUSCA
Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine

Six mois après la signature de l’accord local de paix, des signes encourageants de stabilité à la frontière entre la RCA et le Soudan

la frontière entre la RCA et le Soudan 6

Les populations d’Am-Dafock en République centrafricaine et d’Um-Dafuq au Soudan constatent, six mois après la signature en octobre 2025 d’un accord local de paix appuyé par la MINUSCA, une amélioration progressive de la sécurité, une reprise des activités économiques et un renforcement de la cohésion sociale dans cette zone frontalière de la préfecture de la Vakaga.

Avant la signature de l’accord, les tensions et les incidents liés aux mouvements d’hommes armés ou aux conflits communautaires limitaient fortement les déplacements et les activités économiques. Aujourd’hui, la présence de la MINUSCA, combinée aux mécanismes de dialogue instaurés par l’accord, contribue à rassurer les populations. Ouiya Tadji, leader communautaire à Am-Dafock, constate une nette amélioration. « Depuis la signature de l’accord, il y a eu des avancées car la paix et la sécurité sont revenues », a-t-il dit.

Une reprise progressive des échanges et des déplacements

L’un des effets les plus visibles de cet accord est la reprise progressive des mouvements de populations entre les deux côtés de la frontière. Les marchés locaux commencent à retrouver leur dynamisme. En partance d’Am-Dafock à dos d’âne lorsque nous l’avons rencontré le 12 mars 2026, Abacar Mahamat salue l’impact de cet accord sur la situation socio-économique de la zone. « Avant, la peur et l’insécurité empêchaient beaucoup de gens de circuler librement. Depuis l’accord de paix, la situation s’est calmée et les gens reprennent progressivement leurs activités. », a-t-il soutenu.

Selon Mahamat Youssouf, opérateur économique à Am-Dafock, « les commerçants peuvent maintenant traverser plus facilement pour acheter et vendre leurs produits. Les échanges reprennent petit à petit entre Am-Dafock et Um-Dafuq ».

Les femmes profitent également de cette amélioration du climat sécuritaire. Cinthya Mbaye, habitante de la localité, explique qu’avant « les femmes avaient peur de se déplacer vers l’autre côté de la frontière pour aller au marché ou rendre visite à leurs proches. Aujourd’hui, nous pouvons circuler plus librement et cela renforce les liens entre les communautés ».

Une transhumance mieux encadrée

La transhumance, souvent source de tensions entre éleveurs et agriculteurs, connaît également une évolution positive grâce à la mise en œuvre de cet accord. Les engagements pris permettent désormais de prévenir certains conflits grâce au dialogue entre les communautés. Djouma Ali Bani, éleveur soudanais, se réjouit de cette évolution. « Avant, les conflits entre éleveurs et agriculteurs étaient fréquents. Aujourd’hui, nous discutons davantage pour trouver des solutions. L’accord nous aide à mieux gérer les déplacements du bétail. », a-t-il témoigné.

Mahamat Soumaihi, agriculteur centrafricain de la zone, confirme cette amélioration. Selon lui, grâce à l’accord, les éleveurs respectent désormais les couloirs de transhumance, ce qui a permis de réduire considérablement les conflits entre agriculteurs et éleveurs.

Le retour des personnes déplacées

Autre signe encourageant : la réinstallation de certaines familles déplacées dans leurs villages d’origine pour reconstruire leur vie. Pour le sous-préfet d’Am-Dafock, Abdel Kader Ramadan, cela témoigne du retour de la confiance pour la stabilité de la zone. Amina Issa Ali, rentrée dans son village à la suite de la signature de cet accord, raconte : « En juin 2025, nous avions quitté notre village pour nous installer autour de la base de la MINUSCA à cause de l’insécurité. Aujourd’hui, avec l’amélioration de la situation, nous sommes revenus chez nous pour reprendre nos activités agricoles ».

Acteurs clés dans la signature et la mise en œuvre de cet accord, Tamia Célestin, chef de groupe à Am-Dafock, et Mahamat Nour Chaibou, commerçant à Birao, se sont engagés à poursuivre les sensibilisations afin que les modalités de cet accord continuent à être respectées des deux côtés de la frontière, notamment à Am-Dafock (RCA) et Am-Dafock (Soudan). Ils souhaitent également l’appui constant de la MINUSCA pour consolider les acquis de cette initiative de paix, notamment à travers la facilitation du dialogue, les patrouilles de protection des civils et l’appui aux mécanismes locaux de prévention des conflits. Ils reconnaissent cependant l’absence de paix et d’autorité de l’État au Soudan et le fait que la porosité de la frontière constituent des défis majeurs pour la stabilité transfrontalière.

Le chef de bureau de la MINUSCA à Birao, Amadou Moctar Diallo, a précisé que la Mission continuera à appuyer les initiatives de dialogue communautaire et la mise en œuvre de l’accord local de paix sous le leadership du comité de suivi. Il salue les progrès importants réalisés et appelle les parties à davantage renforcer les mesures de confiance pour pérenniser la paix dans la zone.

 

Mamouda TANKOANO