MINUSCA
Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine

RCA : Tirer des leçons du génocide des Tutsis au Rwanda pour prévenir la violence et consolider la paix

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Le 10 avril 2026, Bangassou (Mbomou) a vécu au rythme des souvenirs du génocide des Tutsis au Rwanda, dont on commémore la 32e Journée internationale de réflexion (Kwibuka 32). La ville, elle-même marquée par des violences meurtrières, s’est reconstruite grâce à la volonté et au dépassement de ses fils et filles. L’heure est aujourd’hui à l’hommage aux victimes, mais aussi à la promotion du pardon afin de favoriser une véritable réconciliation entre les différentes communautés du Mbomou, condition essentielle à la consolidation de la paix.
La cérémonie, organisée au sein de la base de la MINUSCA, a débuté par une marche à la mémoire des victimes, suivie d’un moment de recueillement et de réflexion ponctué de témoignages de survivants, dont un membre du personnel des Nations Unies.
Parmi les officiels figuraient le Gouverneur de la région du Haut-Oubangui, le Conseiller de l’ambassade du Rwanda en République centrafricaine (RCA), plusieurs autorités locales ainsi que le Directeur des Affaires politiques, représentant la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies et Cheffe de la MINUSCA, Valentine Rugwabiza. À leurs côtés, des rescapés de la crise de 2017 dans le Mbomou.
Pour la circonstance, des bougies ont été allumées en mémoire des victimes, mais aussi pour souligner la solennité de cette 32e commémoration.
Ont ensuite suivi un moment de recueillement, ainsi que des témoignages et des partages d’expériences émouvants, qui ont permis aux membres des communautés de Bangassou de mieux comprendre le sens du vivre-ensemble. Le moment était en effet propice pour insister sur l’importance d’enterrer les haches de guerre, d’unir les efforts pour combattre la violence et de s’engager davantage en faveur de la consolidation de la paix et du développement durable.
Bertrand Njanja Fasu, Directeur des Affaires politiques de la MINUSCA, se rappelle encore son vécu en tant que personnel de l’ONU au Rwanda en 1995 : « Mon travail à l’époque, en tant qu’expert en droits de l’homme, consistait à mener des enquêtes sur le génocide. Comme vous pouvez l’imaginer, un nombre important d’auteurs de génocide étaient en détention. Il fallait visiter les prisons pour voir les conditions dans lesquelles vivaient les détenus. Les moments d’émotion, de frustration et de confusion que j’ai traversés consistaient à sortir d’une visite d’une fosse commune et à me retrouver dans une prison, où je reprochais à une autorité de ne pas avoir offert de bonnes conditions aux détenus ».
Pour M. Fasu, demander à des autorités, elles-mêmes victimes d’atrocités, y compris la perte de membres de leur famille, de bien s’occuper de leurs bourreaux a constitué une épreuve particulièrement troublante.
« Avec mes collègues, nous étions arrivés dans une petite commune qui avait perdu plus de vingt mille personnes. Dans le centre de détention communal, il y avait un cas de mauvais traitement sur un détenu qui venait d’arriver. Or, ce dernier était celui qui avait exécuté toute la famille du maire et massacré la famille d’un policier qui travaillait également dans ce centre. Le détenu a expliqué en détail et avec une grande précision comment il a tué ses victimes (…). L’émotion était grande, et c’est là que j’ai pris la mesure de la gravité de la situation. Nous venions de vivre un moment d’humanité unique. Malgré leur situation, ces autorités ont accepté de veiller au respect des droits de ce détenu », a-t-il témoigné.
Dans son allocution de circonstance, la Cheffe de la MINUSCA, Valentine Rugwabiza, a rappelé que « la communauté internationale n’a pas su agir à temps pour empêcher ou stopper le génocide qui a exterminé une partie de la population du Rwanda et a changé à jamais le cours de nos vies, de l’histoire du Rwanda et de celle de la région des Grands Lacs ».
Elle a ensuite rappelé que Le génocide contre les Tutsis au Rwanda nous enseigne une vérité fondamentale et choquante : Le génocide n’était pas une fatalité soudaine et aurait pu être prévenu si ceux qui avaient le pouvoir de l’empêcher, en avaient eu la volonté politique, l’humanité ou simplement le courage de la responsabilité de protéger que nous partageons tous.
Bangassou, symbole de résilience !
L’abbé Alain Bissialo, président de la médiation pendant la crise de 2017 à Bangassou et directeur du Petit Séminaire Saint Louis, qui avait accueilli des personnes déplacées de la communauté musulmane, garde encore des souvenirs douloureux des deux crises.
« En 1994, alors que j’étais jeune prêtre, l’Église nous appelait à prier pour le Rwanda. En juillet 1994, en ma qualité de directeur du petit séminaire, je recevais une partie du contingent turc qui revenait du Rwanda et qui était traumatisée à la suite des atrocités, puis, peu de temps après, des séminaristes qui fuyaient vers la RCA via le Congo. Ils nous expliquaient ce qu’ils avaient vécu », a-t-il indiqué. « Cela nous avait permis de mettre en place des stratégies d’alerte, notamment en cas de signes de tensions dans nos communautés, afin de prévenir une crise chez nous ».
Poursuivant son propos, l’abbé Alain Bissialo a insisté sur le fait que « la valeur de l’être humain reste capitale et fondamentale. Ce sont ces valeurs qui ont guidé les actions que nous avons menées pour contenir les violences, les dénoncer et préserver la dignité humaine. J’ai été très touché ce matin par la rencontre avec nos frères et par les mots de reconnaissance prononcés. Cela m’a fait revivre de nombreuses émotions ». Il a également appelé « nos frères rwandais à continuer à nous accompagner pour avancer dans la consolidation de la paix en RCA ».
Comme l’a souligné la Cheffe de la MINUSCA, le choix de Bangassou pour cette commémoration n’est pas un hasard. Cette ville est à la fois un lieu de mémoire, de violence, mais aussi d’enseignement en matière de réconciliation et de construction de la paix. « Bangassou nous offre une leçon de résilience. Aujourd’hui, à Bangassou, nous ne commémorons pas seulement le passé. Nous faisons un choix pour le présent et un engagement sacré pour l’avenir : celui de toujours protéger la vie et la dignité humaine de tous, partout. Parce que la mémoire n’est pas figée dans le passé : elle est une vigilance pour le présent et une responsabilité pour l’avenir », a-t-elle déclaré.
Elle a également fait écho au message du Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, qui rappelle que « commémorer les morts ne suffit pas. Nous devons tirer les leçons des échecs du passé et protéger les vivants, en rejetant la haine, les propos incendiaires et l’incitation à la violence, et en investissant dans le tissu social afin d’accroître la résilience des communautés ».
À bien des égards, la célébration a été fortement appréciée par les autorités locales et les leaders du Mbomou, qui aspirent tous à la paix, au bien-être et au développement durable. Pour immortaliser ce moment de restitution, deux arbres ont été plantés au terme des échanges, comme symbole de paix et de non-violence en mémoire des victimes.
Instituée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2003, la Journée internationale de réflexion sur le génocide de 1994 contre les Tutsis au Rwanda est commémorée le 7 avril de chaque année. Elle vise à honorer les victimes, à soutenir les survivants et à réaffirmer l’engagement de l’ONU à prévenir de tels crimes.


Maelaine Malebingui