Les détenus des établissements pénitentiaires de la République centrafricaine bénéficient désormais, pour la première fois, de l’accompagnement de travailleurs sociaux. Déployés par l’État avec l’appui de la MINUSCA, ils ont pour mission d’améliorer la prise en charge psychosociale des incarcérés et ainsi favoriser leur réinsertion sociale.
Une visite à la Maison d’arrêt de Ngaragba, puis à la Maison carcérale de Bimbo, à Bangui, a permis de voir à l’œuvre, en cette matinée de février 2026, les travailleurs sociaux, dont la mission s’articule autour de plusieurs activités clés, à savoir l’accueil et l’orientation des détenus, les entretiens individuels, la médiation familiale, les causeries éducatives et la préparation à la réinsertion sociale.
Les travailleurs sociaux de Ngaragba réalisent, dans une pièce qui leur sert de bureau, des entretiens individuels avec certains détenus et participent à l’évaluation de leur situation sociale. Dans une autre salle, une causerie éducative sur le respect des règles carcérales est organisée à l’intention des détenus. L’objectif est d’apprendre le vivre-ensemble et d’encourager la responsabilisation.
Un peu plus loin, des ateliers de couture, de menuiserie et le jardin potager, des activités génératrices de revenus jouant un rôle essentiel dans la préparation à la réinsertion.
À Bimbo, des activités similaires sont menées, avec un accent particulier sur l’alphabétisation des détenues. « Nous avons appris l’alphabet français, le calcul et la lecture de la Bible. Demain, lorsque nous sortirons d’ici, nous pourrons aider nos enfants à lire et à écrire », témoigne une détenue selon qui « le service social est à notre écoute et nous apporte des solutions. Nous apprécions beaucoup la présence des affaires sociales parmi nous ».
Un détenu témoigne de l’impact concret du service social : « c’est grâce au personnel social que je suis en contact avec ma famille et des agents de santé. J’avais de fortes douleurs au ventre. Ils m’ont aidé à aller à l’hôpital. Aujourd’hui, je suis en forme », a-t-il dit, ajoutant : « Je veux encourager les agents sociaux à continuer à venir vers nous. Quand nous nous sentons mal, ce sont eux qui transmettent nos messages ».
Adeline Kpoussa, responsable sociale, exprime sa fierté : « Je suis émue de faire partie de la première promotion des travailleurs sociaux. Les détenues sont désormais plus à l’aise pour parler et gérer leurs émotions grâce aux causeries éducatives que nous organisons ». Ibrahim Camara, autre travailleur social, lance un appel à la confiance : « Nous demandons aux détenus de ne pas avoir peur de venir vers nous. Nous sommes là pour apaiser leur souffrance psychosociale et les accompagner ».
Clarisse Yakota, directrice de cabinet au ministère de la Promotion du genre, explique le bien-fondé de cette initiative : « Le détenu continue d’être un être humain, avec ses potentiels ainsi que ses droits. Les aider à se ressaisir, à supporter les conditions dans lesquelles ils vivent et à préparer leur retour dans la société est un travail de longue haleine, mais c’est un travail enrichissant. Le travailleur social est là pour les écouter, les appuyer et les aider à revenir sur le droit chemin ».
Des résultats tangibles
Dans les 14 établissements pénitentiaires de la RCA où ils sont affectés, les 25 travailleurs sociaux, dont 11 femmes, s’investissent au quotidien dans l’amélioration des conditions psychosociales des détenus.
Ce premier déploiement des travailleurs sociaux au sein des maisons carcérales de la République centrafricaine s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale de réinsertion sociale. Dans les établissements pénitentiaires, ils travaillent en étroite collaboration avec les conseillers pénitentiaires de la MINUSCA, les chefs d’atelier de formation et l’administration pénitentiaire.
À la Maison d’arrêt de Ngaragba, les autorités pénitentiaires constatent des effets tangibles. Pépin Cyr Nangboa, régisseur adjoint, témoigne : « Il y avait un détenu en cellule disciplinaire qui avait l’intention de se suicider. J’ai fait appel au personnel des Affaires sociales, qui s’est entretenu avec lui. Après son rapport, l’administration a réagi. Aujourd’hui, ce détenu est dans un état normal et il est devenu exemplaire. C’est un cas parmi tant d’autres ».
Karim Wahabou, conseiller pénitentiaire à la MINUSCA, souligne : « La punition d’un détenu ne se résume pas seulement à sa privation de liberté. Il faut l’amener à comprendre ce qui n’a pas marché dans son comportement, le corriger et lui donner les moyens d’un retour harmonieux dans la société. Tous ces éléments constituent les moyens que la MINUSCA met en place pour assurer la sécurité et appuyer l’État de droit en RCA ».
Après six mois, ces travailleurs sociaux ont enregistré beaucoup d’avancés, mais ils font également face à plusieurs défis, au nombre desquels le besoin de compétences en matière de gestion carcérale, leur effectif limité ainsi que le manque de matériel de bureau et de communication.
Pour y remédier, la MINUSCA prévoit des formations en leur faveur. Elle met également ses capacités à la disposition des autorités centrafricaines pour faciliter leur déploiement dans les préfectures, soutenir le développement de leurs compétences et contribuer à l’amélioration de leurs conditions de travail.
Il convient de rappeler que la MINUSCA a soutenu en 2025 la mise en œuvre d’activités de réinsertion sociale dans plusieurs maisons d’arrêt de la RCA. Des actions qui ont permis d’accroître la visibilité des produits issus du travail, de préparer la réinsertion des détenus et de renforcer les capacités opérationnelles du personnel pénitentiaire.
Grâce Ngbaleo












