MINUSCA
Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine

Quand les communautés contribuent à leur propre sécurité

Police prox 7 une

Une nouvelle approche sécuritaire fondée sur la participation communautaire à travers le concept de police de proximité a été lancée par la police de la MINUSCA (UNPOL), en coordination avec le Gouvernement centrafricain.

La création de la Police de proximité marque un tournant dans la réforme du secteur de la sécurité en République centrafricaine. Fruit d’un partenariat entre le Gouvernement, la MINUSCA et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), elle rapproche les policiers et gendarmes centrafricains des citoyens en promouvant une approche participative de la sécurité.

Le Gouvernement, avec l’appui de la MINUSCA et des partenaires techniques et financiers, a investi dans la réhabilitation et la construction d’infrastructures de sécurité locales. Des formations spécialisées ont aussi été dispensées aux FSI afin de développer les techniques de proximité.

Ahmed Nait Elhocine, chef du pilier développement de la Police de la MINUSCA, souligne les progrès réalisés. « C'est une politique de proximité prônée par le Gouvernement et qui a donné des résultats remarquables sur le terrain, notamment en matière d'amélioration des indicateurs de l'insécurité, de prévention de la criminalité et aussi du climat de stabilité observé au niveau de la capitale et des différentes régions du pays » dit-il soulignant que « la coopération avec la police centrafricaine et la gendarmerie, c'est-à-dire avec l'ensemble des forces de sécurité intérieure, se déroule jusqu'à présent dans de parfaites conditions ».

La Police de la MINUSCA travaille main dans la main avec les FSI. Elle est en colocation au sein des commissariats et brigades de gendarmerie et des patrouilles conjointes, de jour comme de nuit, sont régulièrement organisées pour assurer la sécurité des populations.

André Fortor, commissaire adjoint au 4e arrondissement de Bangui, explique : « Dans le cadre des patrouilles, ils nous apportent beaucoup d'aide. À bord de leurs moyens de locomotion, nous allons dans les secteurs reculés, ce qui nous permet d'être constamment avec la population. Avec la colocation, nous sommes tous les jours ensemble ; la Police de la MINUSCA nous soutient dans nos besoins, nous prodigue des conseils et des formations en ce qui concerne la surveillance des prévenus ».

Pour que la police de proximité fonctionne, la participation de la population est essentielle. C’est pourquoi des campagnes de sensibilisation sont menées auprès des leaders communautaires, autorités locales et religieux. Cette démarche a favorisé l’adhésion de la communauté au concept de « coproduction de la sécurité ».

Sally Baro Dramé, de la police de la MINUSCA et cheffe d’équipe de la Police de proximité, rappelle : « La police de proximité est avant tout une philosophie, une méthode de travail qui permet aux FSI de se rapprocher davantage de la communauté pour recueillir leurs besoins de sécurité, pour connaître les réalités locales et, ensemble, proposer des pistes de solutions qui pourraient aboutir à une paix durable. C'est pourquoi les FSI ont besoin de l'engagement de chacun, car la sécurité est avant tout une affaire de tous ».

Un message bien reçu par les habitants, comme l’explique Amadou Roufai, deuxième conseiller à la mairie du 3e arrondissement de Bangui : « Nous avons saisi l’opportunité que nous offre la police de proximité pour ramener la sécurité dans notre arrondissement après les périodes de conflit que nous avons vécues. Nous sommes en contact permanent avec eux, ce qui facilite nos échanges et nous permet de rapidement leur signaler les auteurs de troubles dans les quartiers ».

En dix ans d’existence et de collaboration avec les FSI, beaucoup a été fait pour améliorer le climat de confiance avec la population. Toutefois certains défis demeurent.

Ahmed Nait Elhocine en énumère quelques-uns : « Les principales difficultés liées à la mise en œuvre de ce concept de police de proximité, c'est d'abord le manque d'infrastructures, c'est-à-dire la couverture sécuritaire. En dépit des efforts qui sont déployés régulièrement pour l'extension de l'autorité de l'État, il y a des régions qui sont, jusqu'à l'heure actuelle, dépourvues d'infrastructures de police et de gendarmerie. Il y a également un problème d'effectifs, c'est-à-dire que le ratio police-habitants est en deçà de la moyenne indiquée », souligne-t-il, faisant aussi valoir le « problème de mobilité, parce que lorsqu'on parle de concept de police de proximité, il faut que les interventions soient très rapides sur les lieux d'infraction et que la réponse aux besoins de la demande de sécurité soit immédiatement prise en charge ».

Thierry Patrick Saragba, Commissaire du commissariat du 3e arrondissement de Bangui, abonde dans le même sens, car, dit-il : « Notre zone d’intervention dans le 3e arrondissement est très vaste. La principale difficulté que nous rencontrons concerne notre mobilité, car sans moyens de déplacement, il ne nous est pas toujours facile d’assurer la sécurité de la population en cas d’incident ».

La population, elle, espère que ce concept continuera à évoluer. Louise Yokomo, première conseillère du chef du quartier Kokoro 3, plaide pour une présence plus décentralisée : « Nous apprécions ce que fait la police de proximité, mais le fait que les agents soient seulement au commissariat ne dissuade pas les malfaiteurs. Nous souhaitons qu’ils soient déployés plus près de la population afin de garantir notre sécurité ».

À cet effet, la MINUSCA a mis en place une équipe spécialisée dédiée à la police de proximité, avec pour rôle de renforcer les liens de confiance entre les FSI et les communautés.

Ahmed Nait Elhocine souligne : « Cette équipe spécialisée est porteuse d'un projet ambitieux, celui de la mise en place d'un dispositif pour l'amélioration de l'accueil et des prestations au niveau des structures de police et de gendarmerie, à travers la désignation d'officiers d'accueil et de formulaires de satisfaction de la population qui seront recueillis par le leadership des FSI pour mesurer un peu la qualité de l'accueil au niveau des différentes structures de police et de gendarmerie ».

La Police de proximité s’impose comme un outil essentiel de confiance et de stabilité, rapprochant chaque jour un peu plus les forces de sécurité de la population.

 

Ingrid Josette Souembot née Sandanga