Une nouvelle étape vient d’être franchie dans le processus de transfert progressif des responsabilités sécuritaires de la MINUSCA à la République centrafricaine. Lors d’une cérémonie présidée par le Premier ministre Félix Moloua et la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies, Valentine Rugwabiza, le mardi 10 juin 2026 à Mbaïki, dans la préfecture de la Lobaye, la MINUSCA a officiellement cédé sept de ses bases opérationnelles au gouvernement centrafricain.
Les bases aujourd’hui cédées au gouvernement sont situées à Mbaïki (Lobaye), Bamingui (Bamingui-Bangoran), Dékoa (Kémo), Dilapoko (Nana-Mambéré), Ippy et Kouango (Ouaka), ainsi qu’à Pombolo (Basse-Kotto). Cette action s’inscrit dans la stratégie de reconfiguration de la MINUSCA et vise à renforcer les capacités de l’État centrafricain dans l’exercice de ses missions régaliennes.
Dans son intervention lors de la cérémonie, la Cheffe de la MINUSCA, Valentine Rugwabiza, a souligné que ces transferts vont au-delà d’une simple rétrocession des infrastructures. « En remettant au Gouvernement centrafricain ces bases, a-t-elle souligné, nous transférons aussi l’essentiel des tâches effectuées par la MINUSCA aux autorités nationales dans les zones concernées », lesquelles incluent « la sécurisation, la protection des civils, l’appui aux autorités civiles, ainsi que la maintenance de certaines voies d’accès ».
La Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies fait aussi valoir que cette évolution est rendue possible grâce aux avancées enregistrées depuis le déploiement de la MINUSCA en 2014. « L’ensemble de ces transferts sont aujourd’hui rendus possibles par les progrès en matière de sécurité et de restauration de l’autorité de l’État », a-t-elle affirmé.
La Cheffe de la MINUSCA a toutefois tenu à rassurer les populations sur la présence et la poursuite du mandat de la Mission dans les zones concernées. « Passer le flambeau ne signifie pas un départ de la MINUSCA. Reconfiguration ne signifie pas absence », a-t-elle insisté. Elle a précisé que les Casques bleus continueront à effectuer des patrouilles mobiles, y compris dans la Lobaye et à Mbaïki.
La désignation des bases transférées « a été le fruit d’une analyse approfondie de la situation sécuritaire dans les localités concernées », a souligné la Représentante spéciale du Secrétairegénéral. Elle a également mis en avant un processus fondé sur une coordination étroite et des consultations régulières et soutenues avec les autorités nationales, illustrant une démarche conjointe entre le Gouvernement et la MINUSCA dans la planification et la mise en œuvre de cestransferts.
De son côté, le Premier ministre Félix Moloua a salué une étape importante dans le processus de renforcement de la souveraineté nationale, confirmant que « les avancées significatives enregistrées ont été obtenues grâce aux efforts conjugués de la MINUSCA, du Gouvernement, de nos forces de défense et de sécurité, des communautés locales et de nos partenaires ». Et d’inclure dans le lot des avancées « l'amélioration de la sécurité, le retour progressif de l'administration sur l'ensemble du territoire, la restauration de la confiance des populations et la relance des activités économiques et sociales ».
Le chef du gouvernement fait valoir, par ailleurs, que les infrastructures réceptionnées seront utiles dans différents secteurs stratégiques, contribuant au « renforcement des capacités administratives, sécuritaires, éducatives, sanitaires ou économiques selon les besoins identifiés dans chaque localité ».
Mesurant l’ampleur des défis persistants, Félix Moloua rappelle que « la paix n'est jamais un acquis définitif » et qualifie la cérémonie de « nouveau départ », avant d’affirmer : « Le gouvernement s'engage, d'une part, à les maintenir et à les valoriser au profit des populations et du développement national et, d'autre part, à assurer, avec l'appui de nos partenaires, la continuité des activités au niveau des bases libérées ».
Autre intervention, celle de Zoukoupa Dieudonné, chef du 4e groupement de Mbaïki, qui considère cette rétrocession comme un signe positif pour le pays. « Si la MINUSCA remet la base aux Centrafricains, c'est tout à fait normal. Ça fait l'honneur du pays », a-t-il dit.
Occasion pour lui de rendre hommage au travail accompli par la Mission dans la région, indiquant que « la MINUSCA a accompli un travail remarquable à Mbaïki. Elle a contribué à résoudre de nombreuses situations difficiles grâce à ses patrouilles régulières, au contrôle de la ville et de ses périphéries, ainsi qu’à la construction de ponts et d’infrastructures. Elle a également apporté un soutien important au gouvernement dans la mise en œuvre de ses actions. Aujourd’hui, il nous revient de préserver tout ce que la MINUSCA a réalisé ici à Mbaïki. Notre rôle est de sensibiliser la population à l’importance de protéger les biens et les infrastructures que la Mission nous a légués ».
La base de Mbaïki (remise le 10 juin), qui couvre une superficie de 214 150 mètres, accueillait auparavant 450 militaires du bataillon d’infanterie légère tunisien. Outre les infrastructures militaires, elle dispose de bâtiments administratifs, de logements préfabriqués et d’un incinérateur de déchets destiné à réduire l’empreinte environnementale de la Mission.
À travers cette opération, les autorités centrafricaines et la MINUSCA entendent consolider les acquis sécuritaires obtenus au cours de la dernière décennie et préparer progressivement la prise en charge complète des responsabilités sécuritaires par les institutions nationales.
Par Grace NGBALEO









