MINUSCA
Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine

Valentine Rugwabiza : « La population centrafricaine n’a jamais perdu son engagement pour la paix »

RSSG
Bangui, 2 novembre 2026 – La Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies et Cheffe de la MINUSCA, Valentine Rugwabiza, lors de son passage dans « La Matinale », la nouvelle émission de Radio Guira FM, dont elle était l’invitée spéciale.

La Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies et Cheffe de la MINUSCA, Valentine Rugwabiza, était, le 2 novembre 2026, l’invitée spéciale de « La Matinale », un nouveau programme de la Radio Guira FM. Au cours de cet entretien, elle est revenue sur les réactions des membres du Conseil de sécurité aux progrès enregistrés par la République centrafricaine dans les domaines de la paix, de la sécurité, de l’extension de l’autorité de l’État et du processus politique. Elle a également abordé les enjeux de la reconfiguration de la MINUSCA, les défis sécuritaires persistants, notamment dans les zones frontalières, ainsi que les avancées réalisées en matière de participation des femmes et de consolidation de la paix.

Guira FM : Les membres du Conseil de Sécurité ont unanimement noté les progrès enregistrés sur le chemin de la paix. Peut-on dire que c'est la reconnaissance des efforts conjoints du gouvernement centrafricain, de la MINUSCA et de l'Equipe-pays des Nations Unies ?

Valentine Rugwabiza : Effectivement, il y a eu un consensus fort et très clair exprimé par tous les 15 membres du Conseil de sécurité. Et le consensus était très clair sur les résultats atteints dans la mise en œuvre du mandat de la MINUSCA, qui sont effectivement les résultats en matière de soutien à ce mandat de stabilité, soutien aux autorités centrafricaines.

Il y a aussi eu un consensus très clair parmi les membres du Conseil de sécurité sur la nécessité de consolider ces résultats. Donc, ils reconnaissent, oui, que les résultats sont tangibles, sont importants et les progrès sont visibles, mais méritent d’être consolidés.

A votre retour en RCA, vous avez partagé, avec le Premier ministre Félix Moloua et d’autres ministres, les conclusions de vos échanges avec le Conseil de sécurité. Comment ont-ils réagi face à ce rapport ? Que pensent-ils des efforts à fournir pour consolider ces acquis ?

VR : À mon retour, effectivement, j'ai eu le plaisir de rencontrer, au courant de la semaine qui vient de s'écouler, le Premier ministre, chef du gouvernement, mais j'ai eu aussi des échanges avec le ministre de l'Intérieur. Vous savez, la démobilisation, le désarmement, la réintégration et le rapatriement restent une priorité très importante de l'Accord politique pour la paix et la réconciliation de la République centrafricaine.

J'ai également eu l'occasion de rencontrer le ministre de l'Administration du territoire, parce qu'aujourd'hui, il est important, avec cette échéance très importante accomplie avec les élections de décembre 2025 et d'avril 2026, de clôturer les élections résiduelles. Les membres du Conseil de sécurité ont transmis l'importance qu'ils attachent à la clôture complète de ce cycle électoral. Donc, je tenais aussi à le leur transmettre.

 

Et donc, il y a une convergence réelle. Les progrès en matière de désarmement et de démobilisation ne sont plus véritablement des progrès qui ont besoin d'être étayés. Depuis juillet 2025, il y a plus de 1 900 combattants qui ont été désarmés.

Cependant, il est très important aujourd'hui d'augmenter et d'accélérer les efforts en matière de réintégration de ces combattants, afin qu'ils ne puissent pas de nouveau être une source de préoccupation pour la sécurité des populations, mais aussi qu'ils puissent participer eux-mêmes au développement de leur communauté. Et cela, nous avons eu l'opportunité d'en discuter avec le ministre du DDRR, et il est en train de mobiliser les différents partenaires qui sont impliqués dans la réintégration socio-économique.

La reconfiguration de la MINUSCA était à l'ordre du jour (de la réunion du Conseil de sécurité), tout comme le transfert de certaines tâches prioritaires à la partie nationale. Voudriez-vous dire aujourd'hui aux Centrafricains qui nous écoutent pourquoi ce processus de reconfiguration était nécessaire à la Mission ?

VR : Pour une question d’évolution, il est important de se rappeler que le mandat de la MINUSCA a été établi par le Conseil de sécurité des Nations Unies en 2014.

La MINUSCA a été créée, en 2014, par le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui lui a confié un mandat de protection des civils, d'appui au processus politique et de soutien à la stabilisation de la République centrafricaine. Nous sommes en 2026 ; la situation sécuritaire qui prévalait en 2014, quand ce mandat a été mis en place, est très différente de celle qui prévaut aujourd'hui. En 2014, c'était véritablement une situation de violence et de conflits généralisés. Il y avait des menaces très importantes sur les institutions de la République, et d'ailleurs, elles étaient très fragiles. (…) Il y avait une absence de l'État dans plusieurs localités et régions du pays. Aujourd'hui, il y a une présence de l'État dans toutes les 20 préfectures.

Certes, cette présence de l'État a besoin d'être renforcée et consolidée, mais il y a une présence de l'État. Et donc, cette reconfiguration, il s'agit d'abord d'un ajustement à l'évolution de la situation, tant sur le plan sécuritaire que de la stabilité, et nous réorganisons notre présence et notre maillage territorial pour pouvoir non pas nous désengager, mais ajuster notre présence vers où se trouvent aujourd'hui les défis les plus importants, et réduire la présence là où il y a une stabilité qui est notée et qui est constatée.

À ce stade, je crois que ce processus a été mené conjointement avec le gouvernement centrafricain. Où en sommes-nous aujourd'hui ? Et quelles sont les prochaines étapes de cette reconfiguration ?

VR : Il est clair que dans le cadre de mes responsabilités, je reçois chaque jour des rapports de différentes entités sur la manière dont s'est mise en place cette reconfiguration que nous avons conduite conjointement ; comment toutes les mesures d'atténuation que nous avons mises en place sont en train de produire leurs effets ou demandent un ajustement elles-mêmes. Mais je n'ai pas voulu baser mon évaluation uniquement sur les rapports que je reçois.

Depuis plusieurs semaines, j'entreprends, avec le commandant de la Force, avec la cheffe de la composante Police et avec plusieurs collègues des entités substantielles une tournée sur le terrain, dans les différentes régions. Nous sommes allés dans la Yade, à Paoua, dans la région de l’Oubangui, à Bangassou, dans la région du Fertit, à Bria au début du mois d’octobre. Et la semaine passée, j'étais dans la région de l'Équateur, à Bouar. Et ce qui m'amène là, c'est de pouvoir m'entretenir avec les représentants des populations eux-mêmes et avec les autorités locales pour avoir leur propre aperçu et leur propre retour de la reconfiguration, de l'ajustement de notre maillage territorial et du fonctionnement de nos mesures d'atténuation.

Ce qui ressort de ce que j'ai observé et entendu, c'est que, clairement, la manière dont nous avons mené cet ajustement et cette évaluation a été prudente parce que nous n'avons pas vu de détérioration de la situation sécuritaire là où nous avons changé de forme de présence ; d'une forme physique permanente à une forme mobile plus régulière.

Madame la Représentante spéciale, dans vos messages et à travers vos descentes sur le terrain, vous avez eu l'occasion de rencontrer la population, les autorités locales et les autres composantes. Est-ce que le message selon lequel reconfiguration ne veut pas dire retrait de la MINUSCA est bien compris par la population et les autorités nationales ?

VR: Je n'ai eu à aucun moment le sentiment qu'il n'y avait pas de compréhension sur l'approche qui était en train d'être suivie par la MINUSCA.

Parce que finalement, les populations se basent sur leur vécu, et dans leur vécu, elles continuent à voir la MINUSCA sous différentes formes de présence. Elles continuent à voir la MINUSCA dans les différents projets de soutien à l'extension de l'autorité de l'État. Elles continuent à voir la MINUSCA qui accompagne les comités préfectoraux de mise en œuvre de l'accord de paix, les comités de transhumance, les comités de paix et réconciliation.

Elles continuent à voir la MINUSCA présente dans les projets à impact rapide qui continuent d'être mis en œuvre dans tout l'espace du pays. Donc la population se rend compte qu'en réalité, il s'agit effectivement d'une réorganisation, qu'il ne s'agit pas d'un retrait et il ne s'agit pas d'un désengagement, parce qu'elles continuent à voir l'engagement de la MINUSCA dans plusieurs secteurs et dans plusieurs domaines.

Aujourd'hui, là où il y a une stabilité sécuritaire, l'espace est créé pour pouvoir se concentrer sur les priorités de services socio-économiques et de développement socio-économique. Et cela ne fait pas partie, n'est pas un chantier que la MINUSCA est équipée pour aborder seule. La MINUSCA a travaillé à la mise en œuvre des conditions de sécurité et de stabilité, mais il est clair que le gouvernement est en train d'engager toutes les tâches essentielles avec les partenaires financiers et techniques, les partenaires de développement, afin de pouvoir véritablement produire les dividendes de cette sécurité là où la sécurité est là.

Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de défis résiduels de sécurité. Quand nous parlons de réorganisation du maillage territorial, il ne s'agit pas simplement d'ajuster ce que la population a pu voir dans certaines localités, de modifier notre forme de présence en nous retirant de certaines bases statiques, mais il s'agit aussi du renforcement de notre présence, là où les défis restent les plus importants.

Nous avons renforcé notre présence physique dans le Fertit, dans plusieurs localités de la Haute-Kotto, de la Vakaga, mais aussi du Haut-Mbomou.

Il faut qu'une mission de paix telle que la MINUSCA reste vivante, dynamique et non statique, et évolue avec l'environnement qu'elle a contribué à améliorer.

La reconfiguration s’est traduite sur le terrain par le redéploiement, dans certaines régions, des Casques bleus des composantes Force et Police de la MINUSCA (…) Mais il y a des zones où l’on note encore des incursions ou des menaces, voire des rumeurs qui créent la psychose. Est-ce des mesures sont prévues pour la stabilité sécuritaire dans ces zones ?

VR : Il y a des zones où les défis de sécurité demeurent. Mais nous avons aussi observé que ce sont d'abord des zones identifiées dans le Nord-est essentiellement. Et nous ne pouvons pas faire fi du fait que les causes de la fragilité sécuritaire de ces zones ne sont pas uniquement des causes internes à la République centrafricaine.

Le conflit au Soudan, qui aujourd'hui entre dans sa quatrième année, a véritablement créé, le long de la frontière que le Soudan partage avec la République centrafricaine, un espace qui a pu être réexploité par des éléments armés qui n'avaient pas pour objectif la paix, la sécurité ou la stabilité. Elle crée un espace où des éléments armés peuvent s'approvisionner en armes, mais également fournir des combattants et recevoir des soutiens de combattants. Donc tous ces éléments font que les zones frontalières vont demander une attention tout à fait particulière.

Les membres du Conseil de sécurité sont très conscients des vulnérabilités qui sont le fait de la détérioration de la situation sécuritaire sur certaines frontières de la sous-région. Et cela contribue certainement à l'évaluation que les membres du Conseil de sécurité font et au consensus de devoir consolider, y compris en attachant une attention tout à fait particulière aux zones frontalières.

Sur un tout autre sujet, la Résolution 1325 a 26 ans depuis le 31 octobre. Depuis votre arrivée en République centrafricaine, à la tête de la MINUSCA, vous vous êtes personnellement impliquée, justement à travers des plaidoyers, des contributions diverses et au niveau du pays, pour renforcer la position de la femme centrafricaine. Dites-nous, à travers les exemples récents sur le processus politique, ce qui s'est passé dans les élections groupées de décembre 2025. Quel regard portez-vous aujourd'hui sur la mise en œuvre ou sur l'évolution de cette résolution sur le terrain, en République centrafricaine ?

VR: Je ne peux que constater qu'au niveau des élections municipales, l'appui multidimensionnel apporté aux femmes par les associations, en travaillant de manière très proche avec les organisations qui ont cela particulièrement comme mandat, comme ONU-Femmes, mais encore plus important avec le ministère en charge.

Je ne peux que constater que la combinaison de tous ces efforts a eu un reflet beaucoup plus important dans les résultats des élections municipales. Et donc, cela nous amène à dire qu'il est très clair que les femmes ont pu bénéficier de la confiance des populations à proximité, parce que les candidats aux élections municipales sont des candidats qui sont membres de la communauté, qui ne viennent pas de loin, mais qui émergent même de la communauté. Donc la proximité a joué en faveur des femmes.

Un autre élément qui a joué clairement en faveur des femmes, en plus bien sûr de tout notre soutien multidimensionnel, a été la liste dite alternée ou dite zébrée. Donc, avoir véritablement un dispositif légal qui lui-même favorise la parité et promeut la parité a eu un impact important.

Il est clair qu'il y a de l'espace pour améliorer la représentation des femmes au niveau de hautes institutions telles que l'Assemblée nationale. Il y a véritablement de l'espace et donc c'est aussi un appel aux différentes formations politiques, parce que ce sont les formations politiques qui placent leurs listes et leurs candidats.

Le samedi dernier, lors de la célébration de la Journée des Nations Unies, vous avez rendu un hommage aux Centrafricains pour leur adhésion aux efforts en faveur de la paix et de la cohésion sociale. Voulez-vous nous dire un tout petit peu ce qui a attiré votre attention au point que vous puissiez exprimer ce sentiment et rendre cet hommage à la population centrafricaine ?

VR: Eh bien, ayant été au service de la paix et au service de la population centrafricaine, de la paix et de la stabilité en Centrafrique depuis aujourd'hui plus de quatre ans et demi, je ne peux qu'exprimer un profond respect.

J'ai un profond respect pour la résilience de la population centrafricaine. Quels que soient les défis -elle a été confrontée à plusieurs conflits récurrents- elle n'a jamais perdu son engagement pour la paix.

Elle n'a jamais perdu l'espoir. Et elle n'a jamais perdu cette force, ce courage et cette résilience de se relever et d'adhérer à tous les appels et initiatives de paix.

Pour terminer, aujourd'hui, vous avez accepté de répondre aux questions de Guira FM. Et comme je l'annonçais à l'entame de cette entrevue, nous lançons une nouvelle émission dénommée « La Matinale ». Que représentent ces changements pour vous ? Et quelle place accordez-vous aujourd'hui à Radio Guira dans l'accompagnement de la mise en œuvre du mandat de la MINUSCA ?

VR : La Radio Guira, c'est la radio de la paix. Elle fait partie du quotidien des Centrafricains. Et ce quotidien, nous voulons qu’il évolue avec l'environnement de la Centrafrique ; que ce soit une radio, oui, d'information, mais aussi une radio de créativité et un espace qui permet aux Centrafricains et à d'autres de s'exprimer sur ce qu'ils constatent, sur l'évolution de leur pays, mais aussi sur ce qu'ils attendent.