Après trois jours d’échanges à Bangui, du 17 au 19 septembre, avec les autorités centrafricaines et différents acteurs intervenant dans les domaines de la paix, de la sécurité et du développement, Mohamed El-Amine Souef repart avec un sentiment de satisfaction. Pour sa première visite officielle en République centrafricaine depuis sa nomination en mai 2026, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour l’Afrique centrale et chef de l’UNOCA est venu écouter les priorités du pays, mieux cerner les défis de dimension régionale et réaffirmer l’engagement des Nations Unies aux côtés du peuple centrafricain. Dans une interview exclusive accordée à la Section de la communication stratégique et de l’information publique de la MINUSCA, il revient sur les acquis à préserver, les efforts à poursuivre et les ressources à mobiliser pour consolider durablement la paix.
Q: Monsieur le Représentant spécial, vous avez effectué votre première visite officielle en République centrafricaine depuis votre nomination. Quel bilan tirez-vous de cette mission de prise de contact ?
R : Merci pour l’invitation. Tout d’abord, je voudrais exprimer toute ma gratitude aux autorités centrafricaines, ainsi qu’à Madame la Représentante spéciale, cheffe de la MINUSCA, pour leur accueil et pour m’avoir offert l’occasion d’être votre invité aujourd’hui.
Le bilan est positif à 100 %. Nous sommes venus pour nous mettre à l’écoute des autorités du pays, connaître leurs priorités et déterminer les défis à relever, qu’ils soient de dimension régionale ou internationale. Nous souhaitions également transmettre un certain nombre de messages.
Après avoir écouté les autorités du pays et les différents acteurs intervenant dans les domaines de la paix, de la sécurité, de la stabilité et de la stabilisation, je peux dire que nous repartons très satisfaits.
Un travail important a été accompli. Un État de droit se met progressivement en place. Il faut désormais consolider les acquis, renforcer l’État de droit et promouvoir la bonne gouvernance dans l’ensemble du pays.
Notre mission porte notamment sur la cohésion sociale et le dialogue. Nous avons encouragé, et nous continuerons d’encourager, les autorités à ouvrir un espace de dialogue entre les différents acteurs du pays.
Q : Vous avez rencontré les plus hautes autorités du pays, quels sont les principaux messages que vous avez souhaité leur transmettre concernant le partenariat entre la République centrafricaine et les Nations Unies ?
R : La République centrafricaine est un État membre des Nations Unies qui a traversé des périodes difficiles. Durant ces moments, les Nations Unies ont toujours été présentes. J’ai donc tenu à rassurer les autorités sur le fait que les Nations Unies continueront de se tenir aux côtés du pays.
Le système des Nations Unies intervient en République centrafricaine à travers trois principales composantes. Il y a tout d’abord la MINUSCA, qui a joué un rôle important dans les domaines de la paix, de la sécurité et de la stabilisation.
Il y a ensuite les agences des Nations Unies, placées sous la coordination du Coordonnateur résident, qui continuent de jouer un rôle essentiel dans les domaines du relèvement, de l’action humanitaire et du développement. Le volet du développement est particulièrement important, car les progrès et les réalisations enregistrés permettent aujourd’hui de renforcer le plaidoyer en faveur du développement.
Le troisième intervenant est l’UNOCA. Notre mandat a une vocation régionale. La République centrafricaine faisant partie de l’espace de la CEEAC, autrement dit de l’Afrique centrale, nous avons pris contact avec les autorités afin de les encourager à œuvrer en faveur de la prévention des conflits, du dialogue, de la cohésion sociale et du vivre-ensemble.
Certains acteurs sont au gouvernement, d’autres dans l’opposition, la société civile ou encore dans les secteurs privé et public. Il faut réunir tout le monde autour de la table afin de bâtir ce pays, qui a beaucoup souffert, mais qui dispose aujourd’hui de réelles possibilités. Un certain nombre de défis ont été relevés. Il faut maintenant transformer ces avancées en occasions de développement.
Q : À votre avis, quels sont ces acquis justement à préserver et quelles sont les priorités qu'il faut davantage consolider pour l'avenir ?
R : Parmi les priorités figurent le renforcement de la paix et de la sécurité, ainsi que la consolidation des acquis dans ces deux domaines.
Les femmes et les jeunes de la République centrafricaine ont joué un rôle important dans le développement, la paix et la sécurité. Parmi les acquis figurent également les élections, qui ont été organisées de manière transparente, comme l’indiquent les rapports des différents observateurs présents en République centrafricaine.
Toutefois, l’organisation des élections ne constitue pas une fin en soi. Elle doit permettre au pays d’aller de l’avant. Il faut donc réfléchir à la manière de consolider les institutions et de renforcer la décentralisation, afin qu’un citoyen vivant dans le nord ou le sud du pays ne soit pas obligé de se rendre à Bangui pour obtenir un document administratif.
Les autorités peuvent accomplir ce travail en tirant parti de la présence actuelle de la MINUSCA. Je pense d’ailleurs que la Mission a déjà réalisé une grande partie de ce travail en renforçant les capacités existantes dans les différentes régions.
Q : Alors après trois jours à Bangui, vous repartez rassuré quant aux perspectives de paix, de stabilité et de coopération régionale. Quel sera votre engagement personnel à la tête de l'UNOCA ?
R : Nous sommes une petite mission politique. J’ai transmis les messages politiques dont j’étais porteur, qu’ils proviennent de N’Djamena ou de Libreville, et je transmettrai à mon tour ceux qui m’ont été confiés par la MINUSCA auprès des partenaires.
Le plus important est de travailler en harmonie et en coordination avec la CEEAC, la CEMAC, la MINUSCA et l’Union africaine, afin de mobiliser les ressources nécessaires.
Nous parlons notamment du processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration, le DDR. Il s’agit d’un processus long et coûteux. Le pays ne peut donc pas, à lui seul, mobiliser toutes les ressources nécessaires à sa mise en œuvre.
Il faut également soutenir le processus de développement. Auparavant, compte tenu de la situation qui prévalait dans le pays, la communauté internationale se concentrait principalement sur les questions humanitaires. Aujourd’hui, nous avons un pays qui est debout et qu’il faut accompagner sur la voie du développement.
Une conférence des bailleurs de fonds a récemment été organisée à Casablanca avec l’appui des Nations Unies. L’Union africaine a également joué un rôle en sensibilisant de nombreux partenaires. De notre côté, nous poursuivrons le plaidoyer.
De nombreux engagements ont été pris, mais ils doivent faire l’objet d’un suivi. Nous mènerons ce travail avec le Coordonnateur du système des Nations Unies et les ministres chargés de ces dossiers, afin de mobiliser les ressources nécessaires au développement, au processus de DDR, ainsi qu’à la paix et à la sécurité dans le pays.
Q : Monsieur le représentant spécial, le 21 septembre nous célébrons la journée internationale de la paix sous le thème « Investir dans la paix ». Tout au long de votre carrière, à votre avis, qu'est-ce que vous avez le plus investi en faveur de la paix ? Quel est cet investissement à votre avis ?
R : J’ai passé 20 ans au sein de missions de maintien de la paix. Lorsque nous parlons de paix, nous parlons également de sécurité et de protection des civils. Cela ne signifie pas qu’il suffit de déployer des contingents pour protéger les familles. Il faut avant tout comprendre les causes profondes des conflits. Investir dans la paix, c’est donc investir dans la jeunesse et dans les femmes.
Merci beaucoup, Monsieur le Représentant spécial.
Je vous en prie.





