À l’approche de la saison de transhumance 2026-2027, autorités locales, services techniques, représentants des agriculteurs et des éleveurs ainsi que leaders communautaires se réunissent à Carnot pour anticiper les risques de conflits. Appuyé par la MINUSCA, cet atelier de deux jours vise à tirer les leçons des expériences passées et à renforcer les mécanismes de prévention dans une région où les tensions liées à la mobilité du bétail demeurent un défi majeur.
CARNOT, 6 octobre 2026 – À quelques semaines du début de la nouvelle saison de transhumance, quarante-trois représentants des autorités administratives et communales, des services techniques de l'État, des organisations d'agriculteurs et d'éleveurs ainsi que des communautés locales participent, les 6 et 7 octobre à Carnot, à un atelier de réflexion consacré à la gestion pacifique de la transhumance.
Organisée avec l'appui de la MINUSCA, cette rencontre intervient dans un contexte où la transhumance, bien qu'essentielle à l'économie rurale centrafricaine, continue de générer des tensions entre agriculteurs et éleveurs, notamment autour de l'accès aux ressources naturelles, du respect des couloirs de passage et des dégâts causés aux cultures.
Selon les données présentées lors des travaux, la saison de transhumance 2025-2026 a enregistré au moins 131 incidents sur l'ensemble du territoire national, causant la mort de 35 personnes et faisant 32 blessés. Des chiffres qui illustrent l'importance de renforcer les dispositifs de prévention et de règlement pacifique des différends.
Une situation sécuritaire en amélioration à Carnot
Dans la préfecture de la Mambéré, les acteurs locaux observent toutefois une baisse des violences liées à la transhumance. Pour Serge Simplice Ondiolé Sio, chef du service préfectoral de l'élevage de la Mambéré, les efforts entrepris ces dernières années commencent à produire des résultats concrets. « À mon arrivée en décembre 2024, les assassinats liés à la transhumance étaient fréquents. Depuis l’atelier organisé par la MINUSCA à Carnot en 2025, la situation s’est nettement apaisée, même si quelques incidents isolés continuent d’être signalés, notamment dans le centre-ville et sur l’axe Carnot-Baoro », a-t-il déclaré.
Selon lui, les mécanismes locaux de gestion des conflits sont désormais davantage respectés. Les différends sont de plus en plus orientés vers les autorités compétentes, la gendarmerie ou les juridictions habilitées, limitant ainsi les risques de représailles et de violences communautaires.
Sensibilisation et dialogue comme outils de prévention
Parmi les avancées relevées par les participants figure également le renforcement des actions de sensibilisation auprès des populations. Les chefs de quartier, chefs de groupe et responsables d'associations de jeunesse ont été mobilisés pour diffuser au sein des communautés des messages favorisant la coexistence pacifique entre agriculteurs et éleveurs. Ces campagnes mettent notamment l'accent sur le respect de la réglementation encadrant la transhumance et sur les bonnes pratiques permettant de prévenir les conflits.
L'objectif est de réduire les incompréhensions entre les différentes parties prenantes et d'encourager le règlement pacifique des litiges avant qu'ils ne dégénèrent.
Ouvrant les travaux, le préfet de la Mambéré, Arnauld Guy Clemenceau, a salué l'engagement des acteurs locaux en faveur de la paix et de la sécurité dans la préfecture. De son côté, le maire de Carnot, Alourou Laurent, a insisté sur l'importance d'anticiper les risques liés à l'arrivée des troupeaux afin d'éviter l'émergence de nouvelles tensions.
Consolider les mécanismes locaux de gestion des conflits
Au nom de la MINUSCA, Dramane Daravé, chargé de l'information publique, a rappelé que l'ambition de la Mission est d'accompagner le leadership des autorités locales tout en renforçant la coordination entre les différents acteurs impliqués dans la gestion de la transhumance. « Au-delà de l'atelier, l’impact recherché est de consolider des mécanismes locaux capables de prévenir et de gérer les conflits dans la durée », a-t-il souligné. Il a également insisté sur la nécessité d'une appropriation locale des dispositifs de gestion de la transhumance, conformément aux orientations du Plan de transition et du Nouveau Modèle opérationnel de la MINUSCA.
Au cours des échanges, les participants ont identifié les principales zones à risque, analysé les mécanismes d'alerte précoce existants et examiné les moyens d'améliorer le partage d'informations entre les différents acteurs. Les discussions doivent déboucher sur l'élaboration d'un plan d'action conjoint pour la saison de transhumance 2026-2027, avec une répartition claire des responsabilités.
Au-delà des recommandations attendues, les participants estiment que le maintien du dialogue entre agriculteurs, éleveurs et autorités locales sera déterminant pour préserver les avancées enregistrées ces dernières années. À Carnot, où les tensions liées à la transhumance ont longtemps alimenté l'insécurité, les acteurs locaux misent désormais sur la prévention et la concertation pour consolider une coexistence pacifique durable.














