La question de la coexistence pacifique et durable entre agriculteurs et éleveurs sur les couloirs officiels de transhumance a mobilisé, du 8 au 10 octobre 2026 à Bria, dans la préfecture de la Haute-Kotto (au sud-est de la RCA), une cinquantaine d’acteurs à l’occasion d’un atelier organisé avec l’appui de la MINUSCA. La rencontre visait à dresser le bilan de la transhumance 2025-2026 dans la préfecture et à évaluer la mise en œuvre des recommandations issues de la conférence préfectorale de 2024 afin d’identifier des solutions durables au bénéfice des différents acteurs concernés.
La transhumance est un facteur de développement socio-économique où la mobilité pastorale renforce la résilience rurale, la sécurité alimentaire et l'intégration économique locale. Mais dans la pratique, tout ne passe pas toujours comme prévu. La période 2025-2026 dans la Préfecture de la Haute-Kotto a été marquée par 58 incidents, sans violence majeure. 54 ont été résolus et un a été référé à la justice.
Le motif de discorde des trois-quarts des litiges est le non-respect des couloirs de transhumance, autant par les agriculteurs que par les éleveurs. Pour l’éleveur Oumarou Kilou, « parfois la sortie comme l’entrée des couloirs sont fermées c’est pourquoi les gens ne respectent pas les couloirs officiels de transhumance ».
Le Directeur régional de l’Agence centrafricaine de Développement agricole, Abderahmane Abba, va plus loin : « La période de la transhumance, explique-t-il, coïncide généralement avec la saison des récoltes, c’est pourquoi les agriculteurs ferment les couloirs aux transhumants ».
L’agriculteur Amazie Emile Zepherin observe pour sa part que« parfois les agriculteurs cultivent dans les couloirs de transhumance alors que les éleveurs délaissent ces couloirs officiels pour s’aventurer dans les champs ».
Pour une meilleure cohabitation, le Directeur régional de l’Elevage et de la Santé animale, Henry Zokouama, relève que la transhumance doit s’opérer dans les conditions normales, dans le respect des règles établies. Pour y arriver, « il faut régulièrement sensibiliser, mettre en place des comités de suivi pour surveiller, contrôler dès le début pour que la transhumance soit apaisée », affirme-t-il.
L’autre facteur aggravant ce sont les groupes armés qui harcèlent, agressent et spolient les éleveurs, les forçant à se sédentariser. Pour leur sécurité, ils n’ont généralement qu’un seul choix, celui de se rapprocher des villages et de cohabiter bon an mal an avec les agriculteurs, ce qui ne va pas sans conflits.
C’est fort de toutes ces difficultés qu’à la fin des travaux, les 48 participants, dont six femmes, ont adopté des recommandations pour les résorber durablement. Ils ont entrepris notamment d’appuyer les acteurs de la transhumance en moyens logistique et roulant afin de faciliter la sensibilisation pour une transhumance apaisée dans la Haute-Kotto ; de dénoncer, arrêter et traduire en justice les auteurs des conflits liés à la transhumance ; de prendre des mesures opérationnelles de coordination, de partage d’informations, d’alerte précoce et de suivi des zones prioritaires de surveillance.
Pour passer de la parole aux actes, tous les acteurs préconisent la sensibilisation durant toute la période de transhumance, mais une fois encore, ce n’est pas garanti. Les recommandations issues des réunions précédentes sont pratiquement restées lettre morte.
Selon le coordonnateur de la Division des Affaires civiles de la MINUSCA à Bria, Albert Amayande Diouf, les participants avaient été exhortés à être « réalistes » c’est-à-dire « veiller à commencer par des recommandations qu’ils peuvent eux-mêmes mettre en oeuvre ». A cet effet, ils ont mis en place une plateforme de coordination des différents mécanismes de gestion de la transhumance. Ce cadre de travail se réunira une fois par mois pour faire uniquement le suivi des recommandations et ensuite organiser des missions d’évaluation sur le terrain.
Si pour la sensibilisation les différents acteurs se sont engagés à sa réalisation avec très peu de frais, des financements sont quasi-indispensables pour les autres recommandations comme le balisage des couloirs de transhumance et leur vulgarisation ainsi que l’achat des équipements roulants comme les motocyclettes.
Pour cela, explique Albert Ayamande, « il y a un dispositif que les participants ont mis en place pour aller présenter leur plan d'action à différents organismes qui travaillent sur la transhumance ».
L’atelier des 8-10 octobre à Bria a été organisé par la Division des Affaires civiles de la MINUSCA avec l’appui des services du Gouvernorat de la Région Fertit. Les participants étaient issus des services techniques de l’administration locale, des Forces de Défense et de sécurité, de la société civile, des comités locaux de paix, et des associations d’éleveurs et d’agriculteurs.
Didier Bapidi-Mbon





