Dans la préfecture de la Vakaga, où les tensions entre agriculteurs et éleveurs ont longtemps constitué une menace pour la cohésion sociale et la sécurité des communautés, 40 participants, dont six femmes, ont pris part les 10 et 11 octobre 2026 à Birao à un atelier d'évaluation de la saison de transhumance 2025-2026. Autorités locales, agriculteurs, éleveurs, leaders communautaires et partenaires y ont analysé les défis rencontrés au cours de la campagne écoulée et formulé des recommandations pour prévenir les conflits durant la saison 2026-2027.
Les participants, venus des sous-préfectures de Ouanda-Djallé, Ridina, Tiringoulou, Am-Dafock et Birao, ont échangé sur les mécanismes existants de prévention et de gestion des conflits liés à la transhumance. Malgré les défis persistants, les discussions ont permis de dégager des pistes de solutions concrètes, notamment l'élaboration d'un plan d'action conjoint pour la prochaine saison, le renforcement des mécanismes d'alerte précoce et une meilleure coordination entre les différents acteurs concernés.
Pour Djabaldine Ngbangue-Babakar, représentant du préfet de la Vakaga, le dialogue demeure un outil essentiel pour garantir une coexistence pacifique entre les communautés. « Face à ces défis, nous avons la responsabilité collective d'agir. Nous devons renforcer le dialogue, promouvoir le respect mutuel, encourager l'utilisation des couloirs de transhumance et soutenir les mécanismes locaux de prévention et de gestion des conflits. Aucune communauté ne peut prospérer dans un climat de méfiance ou de violence », a-t-il déclaré.
Une réduction tangible des incidents grâce aux mécanismes appuyés par la MINUSCA
L'un des principaux résultats présentés lors de l'atelier concerne la baisse significative des incidents liés à la transhumance dans la Vakaga. Au cours de la saison 2025-2026, 27 incidents violents ont été enregistrés contre 78 lors de la saison précédente, soit une réduction de plus de 65 % des cas signalés. Ces résultats témoignent de l'impact des activités de sensibilisation, de médiation et d'alerte précoce menées sur le terrain.
Selon Daoud Bourma, président du Comité de transhumance de Birao, ces avancées s'expliquent en grande partie par l'appui apporté par la MINUSCA aux structures locales de prévention des conflits. « La MINUSCA a mis à notre disposition une moto et nous dote régulièrement en carburant. Cet appui nous a permis, durant la saison 2025-2026, de mener plus de 30 séances de sensibilisation à l'intention des agriculteurs et des éleveurs sur la coexistence pacifique. Nous avons également contribué au règlement de plusieurs conflits entre agriculteurs et éleveurs », a-t-il témoigné.
Grâce à ce soutien logistique, les membres du Comité de transhumance ont pu accéder à des localités éloignées telles qu'Am-Dafock, Am-Sissia, Terfel, Bourra et Bachama, mener des missions de médiation et intervenir rapidement avant que les différends ne dégénèrent en violences.
Pour sa part, Mahamat Nour Chaibou, président local de la Fédération nationale des éleveurs centrafricains (FNEC), a souligné l'importance de cet atelier dans la recherche de solutions durables aux défis de la transhumance. « En tenant cet atelier, qui n'est d'ailleurs pas le premier, nous avons discuté des défis réels de la transhumance dans notre préfecture. L'atelier nous a permis de formuler des recommandations fortes et de renforcer nos capacités », a-t-il indiqué.
Les femmes également mobilisées pour la paix
Les femmes ont également pris une part active aux échanges. Venue de Ouandja, à environ 165 kilomètres de Birao, Kamissa Zakaria Rouzougala a salué un cadre de dialogue qui favorise la compréhension mutuelle entre les communautés. « Les conflits entre agriculteurs et éleveurs demeurent un défi, notamment à cause du non-respect des couloirs de transhumance et du manque de points d'eau pour le bétail. Nous remercions la MINUSCA et souhaitons que ce type de rencontre se pérennise afin de consolider la paix dans la Vakaga », a-t-elle déclaré.
Selon elle, cette rencontre a permis de rapprocher des communautés qui disposent rarement d'occasions de dialogue direct et de mieux comprendre les préoccupations de chaque partie.
Des recommandations pour consolider les acquis
Au terme des travaux, les participants ont recommandé le renforcement du marquage des couloirs de transhumance, la création de comités mixtes agriculteurs-éleveurs, l'intensification des campagnes de sensibilisation ainsi que la construction de points d'eau, de marchés à bétail et de pharmacies vétérinaires dans les localités de Sikikédé, Takadja, Madja et Am-Sissia.
Ils ont également plaidé pour le renforcement des capacités des structures locales et un appui accru aux mécanismes communautaires de prévention et de gestion des conflits.
À travers son soutien à cet atelier et aux mécanismes locaux de gestion de la transhumance, la MINUSCA contribue à renforcer la confiance entre agriculteurs et éleveurs, à réduire les tensions communautaires et à promouvoir une coexistence pacifique dans la préfecture de la Vakaga.
Mamouda Tankoano












