- S.E. Mme Aglaia Balta, Représentante permanente de la Grèce auprès des Nations Unies, Présidente du Conseil de sécurité,
- Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,
- S.E. M. Marius Nzessioue, Représentant permanent de la République centrafricaine auprès des Nations Unies,
Madame la Présidente,
1. Je voudrais féliciter la Grèce pour son accession à la présidence du Conseil de sécurité pour le mois d'octobre.
2. J'ai une fois de plus l'honneur de présenter le dernier rapport du Secrétaire général sur la situation en République centrafricaine. Pour commencer, j'ai le plaisir d'informer le Conseil que les otages détenus par l'AAKG depuis l'attaque du 28 décembre 2025 à Bambouti, y compris le Sous-préfet de Bambouti, ont été libérés avec succès hier, lundi 19 octobre, à la faveur d'une opération conduite et exécutée par la MINUSCA afin de sécuriser la zone de libération, à l'issue de plusieurs mois de médiation intensive menée par les dirigeants locaux et la MINUSCA.
Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,
3. Depuis mon dernier exposé, le pays a continué à progresser dans la consolidation des acquis en matière de politique, de paix et de sécurité, même si la situation sécuritaire dans les régions du nord-est et du sud-est, ainsi que dans certaines localités du nord-ouest, demeure préoccupante, principalement dans les zones frontalières, autour des sites miniers et le long des couloirs de transhumance.
4. Aujourd'hui, mon exposé s'articulera autour de trois questions : premièrement, la consolidation des acquis en matière de politique, de paix et de sécurité ainsi que les progrès réalisés en vue de la mise en œuvre intégrale de l'Accord politique ; deuxièmement, la situation sécuritaire, notamment dans le nord-est et le sud-est ; et troisièmement, le renouvellement du mandat de la MINUSCA et les conditions nécessaires à une transition progressive et durable.
Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,
5. L'accord de paix continue de produire des résultats tangibles. Depuis juillet 2025, plus de 1 900 combattants ont été désarmés et démobilisés grâce au soutien logistique, sécuritaire et technique de la MINUSCA. Il est désormais essentiel que le Gouvernement consolide ces acquis, avec l'appui de la MINUSCA, afin d'accélérer l'achèvement du processus de désarmement et de démobilisation ainsi que l'auto-dissolution des groupes armés. La pérennité de ces efforts passera par l'accélération du processus de réintégration socio-économique avec l'appui coordonné des partenaires de la République centrafricaine.
6. Le cycle électoral 2025-2026 approche de son terme, les institutions nationales étant en place et les autorités locales élues assumant progressivement leurs fonctions à travers le pays. Au 1er octobre, 127 des 177 communes avaient achevé l'installation de leurs élus. Cela constitue une étape importante vers la gouvernance décentralisée et une administration locale, bien que les autorités locales nouvellement élues aient un besoin urgent de renforcement des capacités de la part des partenaires au développement, y compris le Fonds pour la consolidation de la paix. Cela leur permettra d'exercer efficacement leurs nouveaux mandats, la plupart d'entre elles ne disposant d'aucune expérience préalable en administration locale. J'encourage les autorités nationales, le Gouvernement et l'Autorité nationale des élections à remédier de toute urgence aux contraintes financières empêchant la tenue des élections restantes afin de mener à bien le cycle électoral 2025-2026.
Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,
7. Malgré ces évolutions positives, la situation sécuritaire dans le nord-est demeure une source de vive préoccupation. Le 30 juin, des éléments de différents groupes armés ont attaqué la localité d'Am-Dafock, située à la frontière avec le Soudan, tuant des civils ainsi que des membres des forces nationales de défense et de sécurité, et provoquant le déplacement de plus de 17 000 civils qui ont trouvé refuge dans la petite base opérationnelle temporaire de la MINUSCA. L'attaque a également visé les Casques bleus de la MINUSCA, blessant six (6) d'entre eux.
8. En outre, la situation sécuritaire dans la zone de la triple frontière entre la République centrafricaine, le Tchad et le Soudan reste tendue dans un contexte d'opérations militaires menées par les forces nationales de défense en réponse aux menaces persistantes d'attaques transfrontalières imminentes de groupes armés contre plusieurs localités de la préfecture de la Vakaga. Bien que les récentes attaques et les affrontements armés dans certaines zones du nord-est n'aient pas réussi à saper l'autorité de l'État centrafricain, ils ont mis en évidence trois réalités : i) premièrement, que les progrès récents en matière d'extension de la présence de l'État restent fragiles et nécessitent d'être consolidés ; ii) deuxièmement, sans les interventios rapides et multidimensionnelles de la MINUSCA visant à protéger la population et les autorités locales à Am-Dafock, à soutenir le déploiement rapide des forces nationales de défense et à faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire à l'ensemble de la population, les attaques auraient causé un nombre de victimes beaucoup plus élevé et l'autorité de l'État n'aurait certainement pas pu être rétablie après seulement cinq jours de contrôle de la localité par le groupe armé, lequel s'est ensuite replié au-delà de la frontière centrafricaine vers le Soudan ; iii) troisièmement, cette attaque a démontré que, bien que la République centrafricaine évolue sur une trajectoire positive, la situation sécuritaire volatile dans l'ensemble de la sous-région continue de représenter une menace sérieuse pour sa stabilité.
9. Ces attaques étant survenues pendant la saison des pluies, les capacités aériennes de la MINUSCA constituaient le seul moyen d'accéder à Am-Dafock. Le Commandant de la Force et moi-même avons dû prendre la décision difficile de redéployer des troupes et des moyens aériens depuis d'autres localités prioritaires de la région nord-est afin de répondre aux pressions dans la Vakaga et permettre à la MINUSCA de poursuivre la mise en œuvre son mandat dans un environnement sécuritaire difficile. Cela a permis à la MINUSCA de renforcer sa présence et de maintenir une posture proactive et robuste pour protéger les civils, ainsi que d'activer notre plan d'urgence visant à protéger les acteurs humanitaires et le personnel des Nations Unies dans la région du Fertit. À cet égard, j'exhorte le Conseil, alors qu'il s'apprête à renouveler le mandat de la MINUSCA, à maintenir celle-ci avec des effectifs et des capacités adéquats durant cette phase critique de consolidation.
10. Dans le sud-est, les violences impliquant la milice AAKG ainsi que la réapparition d'attaques et d'enlèvements attribués à des éléments présumés de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) ont continué à menacer les civils. Les enlèvements d'enfants par des éléments présumés de la LRA sont particulièrement préoccupants. En réponse, les autorités locales et les dirigeants communautaires, en collaboration avec la Mission, ont renforcé leur engagement auprès des communautés locales, ce qui a contribué à améliorer les mécanisms d'alerte précoce pour la protection des civils.
Madame la Présidente,
11. La MINUSCA a poursuivi la mise en œuvre de sa reconfiguration en vue d'adopter une posture plus robuste et plus agile, concentrant ses ressources dans les zones à plus haut risque tout en favorisant une plus grande appropriation nationale dans les zones plus stables. Au début de ce mois, le Commandant de la Force, la Commissaire de police et moi-même avons effectué des visites de terrain dans la région de Yadé, au nord-ouest du pays, et dans la région du Haut-Oubangui, au sud-est, afin d'évaluer l'impact initial de la reconfiguration du dispositif opérationnel de la MINUSCA.
12. Notre évaluation très préliminaire indique que les acquis en matière de paix et de sécurité n'ont pas été remis en cause et qu'aucune détérioration sécuritaire significative n'a été observée dans les localités où les bases de la MINUSCA ont été fermées. Cela semble confirmer notre évaluation de planification concernant les zones relativement stables du pays ainsi que l'efficacité de nos mesures d'atténuation. Ces mesures comprennent notamment des patrouilles de longue portée plus fréquentes en soutien aux forces armées et de sécurité nationales dans les zones où les responsabilités relatives à la protection des civils et aux tâches de sécurité ont été transférées à nos homologues nationaux.
13. La pérennité des progrès réalisés en matière de sécurité dépend de la poursuite des investissements dans les institutions nationales de sécurité, en particulier les forces armées nationales. À mesure que la MINUSCA transfère progressivement ses responsabilités en matière de sécurité, des forces de défense et des institutions de sécurité nationales professionnelles, efficaces et responsables seront essentielles pour préserver ces acquis. J'encourage donc le Gouvernement et ses partenaires à continuer d'accorder la priorité aux capacités opérationnelles, logistiques et institutionnelles nécessaires pour maintenir des forces nationales de défense efficaces sur l'ensemble du territoire.
Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,
14. Le 10 août, le Premier ministre et Chef du Gouvernement, M. Félix Moloua, et moi-même avons coprésidé une réunion de haut niveau consacrée à la planification conjointe de la transition. Cette réunion a mis en lumière les progrès déjà accomplis par la MINUSCA dans le transfert de certaines tâches aux autorités nationales ainsi que les capacités nécessaires au transfert de tâches supplémentaires. Notre approche commune est claire : la transition doit être conduite sous l'appropriation nationale, de manière responsable et en tenant compte des réalités du terrain afin de préserver les acquis, encore fragiles, en matière de paix, de sécurité et de stabilité.
15. Le prochain mandat devrait par conséquent être consacrée à la consolidation des progrès réalisés en matière de sécurité et de stabilisation afin de créer les conditions nécessaires à une transition progressive et responsable, alors que le Gouvernement centrafricain et la MINUSCA s'emploient conjointement à planifier cette transition.
Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,
16. Je souhaite conclure en exprimant ma profonde gratitude au Conseil pour son soutien indéfectible à la MINUSCA et à ma personne depuis que j'ai pris mes fonctions de Représentante spéciale du Secrétaire général et Chef de Mission il y a quatre ans et demi. Ce fut un honneur et un privilège de servir la République centrafricaine et le Conseil. J'adresse également ma profonde reconnaissance aux pays contributeurs de troupes et de forces de police, ainsi qu'au personnel civil de la MINUSCA, pour leur dévouement et leur résilience. Il ne peut y avoir d'opérations de maintien de la paix efficaces sans des Casques bleus robustes. Je remercie également l'équipe de pays des Nations Unies ainsi que les partenaires régionaux, bilatéraux et multilatéraux pour leur soutien continu à la paix, à la sécurité et à la stabilité en République centrafricaine.
Je vous remercie de votre attention.







