MINUSCA
Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine

Vers une appropriation nationale de l’action antimines et de la gestion des armes

Les capacités nationales en matière d’action antimines et de gestion des armes continuent de se renforcer en République centrafricaine. Le 21 octobre 2026 à Bangui, le Représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations unies, Ebrima Ceesay, s’est rendu à l’Autorité nationale de lutte antimines (ANLAM) et à la Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre (COMNAT-ALPC) afin d’évaluer les acquis du partenariat avec la MINUSCA et d’apprécier les avancées vers une appropriation nationale durable de ces secteurs stratégiques.
Accompagné d’une importante délégation, Ebrima Ceesay a débuté sa visite dans les locaux de l’ANLAM, où il a vu les infrastructures réhabilitées ainsi que les équipements mis à disposition grâce au soutien du Service de la lutte antimines des Nations Unies (UNMAS).
Une jeune institution au cœur de la lutte antimines

Au cours de la visite, les responsables ont rappelé que, malgré la menace persistante représentée par les mines et autres restes explosifs de guerre, la République centrafricaine ne disposait d’aucune autorité nationale dédiée à l’action antimines jusqu’en septembre 2025. L’ANLAM a alors été créée par décret présidentiel, avant la nomination d’un coordonnateur national en novembre de la même année.
Depuis sa création, UNMAS accompagne étroitement l’institution dans sa mise en place opérationnelle. Cet appui a notamment permis l’élaboration et la validation, en juin 2026, de la Stratégie nationale d’action antimines 2026-2031 ainsi que du Plan d’action national 2026-2028.
UNMAS a également financé la réhabilitation du siège de l’ANLAM, fourni du mobilier de bureau, des équipements informatiques, des moyens roulants ainsi que du matériel spécialisé destiné aux opérations de déminage. La première phase des travaux de réhabilitation est achevée tandis que la seconde touche à sa fin. D’autres aménagements sont prévus jusqu’en 2027.
Malgré ces avancées, l’institution fait encore face à d’importants défis liés au recrutement de personnel qualifié, à la formation technique ainsi qu’au développement de ses capacités opérationnelles et à son déploiement progressif au-delà de Bangui. Pour le Coordonnateur national de l’ANLAM, le Lieutenant-colonel Ghazaka Edgar, les résultats obtenus constituent une étape majeure dans la construction d’un dispositif national de lutte antimines.
« Ces réalisations constituent des acquis importants. Elles traduisent la volonté commune de doter la République centrafricaine d’un mécanisme national capable d’assurer de manière coordonnée et durable la conduite de l’action antimines. Notre ambition est claire : faire de l’Autorité nationale de lutte antimines une institution fonctionnelle, crédible et performante, capable d’assurer la coordination des activités de lutte antimines et de contribuer efficacement à la protection des populations centrafricaines », a-t-il précisé.
Le responsable a également réaffirmé l’engagement de son institution à assumer progressivement ses responsabilités dans un esprit de partenariat, de transparence et de responsabilité.
À la COMNAT-ALPC, focus sur le marquage et la destruction des armes

La délégation a assisté à des démonstrations de marquage et de destruction d’armes. Créée en 2017, la Commission est un partenaire de longue date de UNMAS dans la promotion de la gestion sécurisée des armes légères et de petit calibre en République centrafricaine. Au fil des années, elle a bénéficié d’un soutien comprenant des formations spécialisées, un accompagnement technique, de la mise à disposition de véhicules et d’équipements, ainsi qu’un appui logistique pour les missions de terrain et les campagnes de sensibilisation.
Selon le président de la COMNAT-ALPC, Benjamin Saraganza, la destruction des armes hors d’usage constitue une mesure essentielle pour prévenir leur réutilisation. « Les armes obsolètes doivent être détruites. Lorsque nous découpons les parties essentielles de l’arme, sa destruction devient définitive. Nous allons même plus loin en réfléchissant à la possibilité de recycler certains morceaux afin de les transformer en objets d’art. C’est une manière de convertir un instrument de violence en symbole de paix », a-t-il expliqué.
Le président a également souligné l’importance du marquage des armes dans la lutte contre leur détournement. « Le marquage d’une arme est comparable à la plaque d’immatriculation d’un véhicule. En cas de vol ou de disparition, il permet de retracer son parcours. Une arme volée à Bouar et retrouvée à Birao peut ainsi être identifiée et suivie. C’est un outil essentiel de gestion des armes et des munitions », a-t-il ajouté.
Parmi les agents impliqués dans ces opérations figure le Gardien de la paix Nguereyombo Vanessa, récemment formée aux techniques de marquage et de destruction des armes. « J’ai beaucoup appris au cours de ces deux semaines de formation. Aujourd’hui, je suis fière de participer à cette activité et d’avoir acquis un savoir-faire que je pourrai transmettre à d’autres personnes. Dans les forces de sécurité, les femmes sont capables d’exercer les mêmes métiers que les hommes », a-t-elle affirmé.
À l’issue de sa visite, Ebrima Ceesay s’est dit impressionné par les résultats obtenus grâce au partenariat entre les Nations unies et ces institutions nationales. « C’était vraiment intéressant et impressionnant. J’ai pu constater concrètement les résultats de nos partenariats avec les deux institutions. Je tiens à féliciter leurs dirigeants pour le travail accompli. Ce qui est particulièrement encourageant, c’est de voir les capacités nationales prendre progressivement le relais. C’est un élément essentiel pour une stabilisation durable du pays », a-t-il déclaré.
Des attentes importantes pour consolider les acquis

Malgré les avancées réalisées, les responsables de l’ANLAM estiment que des efforts supplémentaires restent nécessaires pour permettre à l’institution d’assumer pleinement ses responsabilités.
Ils plaident notamment pour le recrutement et la formation du personnel, le renforcement des capacités opérationnelles ainsi que la poursuite de l’appui technique de l’UNMAS pendant encore deux ans. Selon eux, cette période permettrait de consolider les acquis, d’achever la mise en œuvre de la stratégie nationale et de garantir une appropriation nationale durable de l’action antimines.
De son côté, la COMNAT-ALPC a également exprimé des besoins importants en ressources financières et matérielles, notamment en équipements et moyens logistiques pour étendre ses activités à l’intérieur du pays.
Réagissant à ces préoccupations, Ebrima Ceesay a réaffirmé l’engagement de la MINUSCA à poursuivre son accompagnement. « Nous sommes des partenaires et nous continuerons à travailler ensemble. Dans la limite de nos moyens et avec l’appui de nos partenaires internationaux, nous chercherons à répondre à ces besoins. L’objectif est de renforcer davantage les capacités de ces institutions nationales afin qu’elles puissent poursuivre leurs missions de manière durable, y compris après le départ de la MINUSCA », a-t-il conclu.
Cette visite a mis en lumière les progrès significatifs réalisés dans les domaines de l’action antimines et de la gestion des armes en République centrafricaine. Elle a également souligné l’importance d’un accompagnement continu pour permettre aux institutions nationales de consolider leurs capacités et d’assurer, à terme, une prise en charge entièrement nationale de ces missions essentielles à la sécurité et à la stabilité du pays.
Gracee Ngbaleo